Frédéric VIGNALE

     "Frédéric Vignale est un peu comme William Burroughs : il colle à son époque en faisant des collages. Il ramasse les bribes du temps, les assemble, les désosse, les remanie dans une sorte de cut-up qui, à force de ne plus vouloir rien dire, devient soudain clair comme de l'eau de roche. Sa manière de redistribuer les cartes nous montre mieux qu'elles étaient truquées avant. Des chaos de Vignale émanent finalement des évidences inédites et nouvelles. Mais ces évidences-là sont le contraire exact du lieu commun. A fracasser les ondes, on obtient parfois des riffs mélodieux. "

Yann Moix, écrivain

 

 

     "Le collage est une écriture reformulée, une respiration que Vignale module pour éviter qu'elle ne l'enivre, une expiration artistique naturelle mais réfléchie, une facilité que l'esprit paresseux réduirait en morgue. Mais Vignale a l'humilité de l'artiste de rue. La candeur du passant. Je ne crois pas lui faire insulte en parlant d'art consommable. Sa production fleuve, c'est le cours de la vie qui la lui dicte. Son art se périme aussi vite que l’éphémère dont il le façonne mais reste à jamais l'instantané essentiel de l'instant qui l'a suscité. Frédéric ressemble à la vie, toujours un, jamais le même, archiviste de l’instant, artiste aux mille richesses qui brandit comme un regard la folie créatrice de ses mains conjuguées aux ciseaux. Le collage est une écriture. Il s’affranchit des modes et des saisons. L’artiste seul a le don de faire un arrêt sur la vie, de réduire au plus simple appareil la complexité d’une information, d’admettre qu’il n’est qu’un vecteur, jamais un créateur. Vignale joue, déjoue l’apparence des choses, nous déchire l’œil jusqu’à la vérité première d’une couleur, jusqu’à l’ambition primaire d’une image. Il distille notre réalité.  Vignale reste abordable car ses collages restent les reflets de sa propre expérience, de ses doutes, de ses errements ou de ses joies. Le collage est une écriture. Vignale est un écrivain public, un artiste qui propose plus qu'il n'impose. Recrée plus qu'il ne crée. Son art est à prendre pour qui le désire. Pour qui désire partager un instant avec lui un souvenir, une émotion, qui sous la magie de ses doigts redeviennent  souples et contemporains."

Damien Perez

 

Les collages de Frédéric Vignale

     « Ce qui différencie mon travail de celui d'un peintre conventionnel, c'est que je ne peins pas sur une toile. De ce fait, j'aime utiliser toutes les ressources des techniques de reproductions. (Canvas, soie, papiers anciens). La finalité de mon travail sur le collage est sans doute de réconcilier l'Art et la vie. Je ne pourrais m'exprimer autrement que par le collage - même si j'y incorpore parfois d'autres techniques picturales - car j'y suis attaché de manière intrinsèque et intemporelle."

     "Le collage me ressemble, il canalise de nombreuses parties de ma personnalité. La base de mon travail naît d'une démarche intellectuelle fouillée mais j'aime y incorporer des éléments des magazines de modes, des journaux « people » et l'art de la rue. Ces deux notions cumulées sont la base de ma réflexion, de ma manière de m'approprier les images du monde, celles des autres et d'ouvrir l'Art au monde. Les  techniques mixtes que j'utilise se combinent ensuite naturellement mais la matière première fait partie intégrante du collage ; c'est elle qui fait le collage, elle est en indissociable et fondamentale. "

     "J'ai découvert le collage il y a trois ans en même temps que la poésie surréaliste. Le déclic s'est produit au moment où, pour un exercice universitaire, je devais rendre hommage à Jean Tardieu. Profondément attaché aux images depuis mes études en filière audiovisuelle, j'avais besoin d'y associer les mots de Jean Tardieu. C'est ainsi qu'en une nuit, j'ai réalisé mon premier collage. Devant l'accueil reçu à cette époque, j'ai décidé de creuser plus à fond cette technique. " 

  

     "Dès les prémices de mon travail sur le collage, je me suis rendu compte qu'il était essentiel pour moi d'inventer ma propre  technique de collagiste. Je ne me suis intéressé que bien plus   tard à l'histoire du collage car je ne voulais pas que mes  productions souffrent des interférences des maîtres de cette discipline. Par contre mes influences ont tout de suite été clairement exprimées, je m'inspirerai des poètes, de Francis Bacon, de Man Ray, Godard, de Schnabel ou encore de   Wharol Basquiat ou Orson Welles . "

     Le collage est pour moi la façon la plus immédiate, la plus évidente, d'accéder à la poésie : jouer avec les images du monde, éparpiller les pièces du puzzle et les remonter à ma  façon. On peut jouer avec les papiers découpés ou déchirés comme on joue avec les mots. Le plaisir est de jouer avec les images en les découpant, en les déchirant, en les combinant dans un ordre différent de l'ordre logique et qui sera pour une part le fruit du hasard, et pour une autre, celui de la recherche semi-consciente d'une image encore jamais vue dont la première qualité sera de m'étonner, d'ouvrir la porte d'un continent  intérieur encore inexploré.

 

On peut faire ce qu'on veut avec les images comme avec les mots : ajouter, remplacer, retirer, se laisser
surprendre par le rapprochement de deux images, y revenir, modifier encore. Gommer le défaut ou l'utiliser, exactement comme les peintres de Lascaux jouaient avec les aspérités des parois de la caverne pour dessiner leurs scènes fantastiques et créer de la magie.